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Sur les pas du bien-aimé Mohammed
(BP sur lui)
Episode 22: L’incident du Ifk…
Une lumière pour nous jusqu’au Jour du Jugement
Introduction :
Pour commencer, j’aimerais répéter une information que quelqu’un m’a donnée à
propos du combat de ‘Amr ibn Woud et ‘Ali ibn Abi Tâlib.
Les
Arabes avaient la coutume de prendre les armes de ceux qu’ils tuaient en guerre.
Le Jour où Ali tua ‘Amr ibn Woud à la bataille de Al-Khandaq, le Prophète (BP
sur lui) lui demanda à son retour pourquoi il n’avait pas rapporté les armes de
l’homme. Il répondit : “Lorsque j’ai voulu le faire, j’ai vu que ses parties
intimes étaient découvertes et je n’ai pas voulu les regarder.” Cela nous fait
penser aux principes moraux en vigueur dans les guerres et comment le combattant
peut réunir le désir de triompher et la haute morale. En comparant cela aux
incidents survenus à la prison de Abou Gharîb, nous remarquons les principes
raffinés du Prophète (BP sur lui) et de ses compagnons. D’ailleurs c’était là un
des traits de caractère de ‘Ali ibn Abi Tâlib. Durant la bataille de Khaïbar, il
avait mis un des ennemis à terre et s’apprêtait à le tuer lorsque l’homme lui
cracha au visage. Il se leva tout de suite et l’abandonna. L’homme courut
derrière lui et lui demanda pourquoi il l’avait abandonné sans le tuer. Ali lui
répondit : “Lorsque je t’ai mis parterre, je voulais te tuer pour la cause
d’Allah, mais lorsque tu as craché, j’allais le faire par vengeance pour
moi-même. » On ne peut trouver en guerre quelqu’un avec de meilleurs principes
moraux que ‘Ali ibn Abi Tâlib.
Des
gens m’ont demandé comment le Trône d’Allah a-t-il tremblé à la mort de Sa‘d ibn
Mouâdh. Cela était dû à l’affairement des Anges qui se préparaient à assister
aux funérailles de Sa‘d. Son cercueil était très léger à porter et les
Compagnons en étaient étonnés. Le Prophète (BP sur lui) leur expliqua que
c’était parce que les Anges le portaient avec eux. Il est vrai qu’il est mort
jeune et qu’il n’avait pas été musulman pendant longtemps mais il a bien défendu
la cause d’Allah quand cela était nécessaire. J’ai entendu dire qu’un leader
égyptien appelé Mostapha Kamel s’était dépensé pour son pays autant que cela
était possible et l’a défendu contre les colonisateurs anglais. J’ai su après
qu’il est mort à trente-trois ans. Je me suis dit que lorsque des personnes
vivent entièrement pour la cause et prouve leur loyauté envers elle, Allah
abrège leur vie.
Je
réponds également à ceux qui ont trouvé cruel le meurtre des six cents hommes
des Bani Qoraïtha et je leur dis que ces derniers avaient commencé avec leur
traîtrise et préméditaient de tuer les combattants, les femmes et les enfants.
Si le Prophète ne les a pas tout simplement chassés de Médine comme les Bani
An-Nadîr, c’est parce qu’il y a une différence entre avoir l’intention de
commettre une traîtrise et l’exécuter. Il faut savoir également que Médine était
pleine d’hypocrites qui se seraient enhardis si le Messager (BP sur lui) n’avait
pas puni les fautifs. Je sais qu’il y a des gens qui pensent que le Prophète (BP
sur lui) était particulièrement dur avec les Juifs et des orientalistes disent
que de toute façon il cherchait n’importe quelle excuse pour le faire, je leur
demande : Pourquoi alors avait-il conclu un pacte avec eux ? Aurait-il pu agir
ainsi quand il était le dernier des prophètes et qu’il savait que ce serait une
preuve contre lui pour l’éternité ? Il ne leur avait pas seulement dit des
paroles mais il avait signé avec eux un pacte qui disait qu’ils étaient des
citoyens à part entière et que personne ne devait leur faire de tort, ni à leurs
biens ni à leur religion. Il faut remarquer qu’aucun des Bani Qoraïtha n’a
contesté la décision du Prophète (BP sur lui) parce qu’ils savaient qu’il avait
raison. J’ai simplement voulu éclaircir ces quelques points au sujet de
l’épisode précédent.
Aujourd’hui nous entreprenons tout à fait un autre sujet, celui des mœurs et des
bonnes manières sociales. Une leçon très profitable pour nos familles et les
gens des médias en particulier.
Les agissements des hypocrites :
Nous sommes à l’année cinq de l’Hégire qui compte comme un point d’évolution
dans les mœurs des Musulmans de Médine, juste après la bataille de Al-Khandaq
qui compte comme point d’évolution de la stratégie militaire. Il ne faut pas
penser que la période de Médine n’était qu’une période de guerres uniquement.
Voyons ainsi ce qui s’est passé cette année-là et comment Allah enseigne les
mœurs et les bonnes manières. Il ne le fait pas avec des ordres et des théories
mais par des incidents qui seront des leçons pratiques. Allah laisse alors les
gens agir selon leur nature. Les uns agissent bien, les autres mal et certains
se troublent. Ensuite, les versets viennent mettre l’ordre avec le commentaire.
Nous savons qu’il y avait en ce temps à Médine à peu près sept cents hypocrites,
un nombre considérable, qui essayaient de nuire sournoisement à la société. Le
jour de l’arrivée du Prophète (BP sur lui) chez eux, les habitants de Médine
s’apprêtaient à introniser sur leur ville ‘Abdilllâh ibn Saloûl le chef des
hypocrites et étaient même entrain de lui fabriquer une couronne. L’idée avait
naturellement été oubliée avec la venue du Prophète (BP sur lui) et ‘Abdilllâh
ibn Saloûl en avait gardé beaucoup de ressentiment contre lui.
C’est ainsi que les hypocrites n’avaient pas embrassé l’Islam pendant les deux
premières années du Prophète (BP sur lui) à Médine et lui montraient leur
inimitié. Un jour il était parti sur un âne rendre visite à Sa‘d ibn ‘Oubada
malade. Il passa près d’un groupe de personnes dont ‘Abdilllâh ibn Saloûl et ses
confrères. Au passage du Prophète (BP sur lui) ce dernier se boucha le nez avec
les doigts et dit : “Tu nous empoussières. Reste chez toi et ne te fais pas
voir.”
Après Badr ils se virent obligés d’annoncer leur conversion à l’Islam et
‘Abdilllâh ibn Saloûl affichait une admiration hypocrite envers le Prophète (BP
sur lui). Après Al-Khandaq, ayant compris qu’il n’y aurait pas de défaite
militaire, ils essayèrent une autre arme, la guerre médiatique qui devait viser
le Prophète (BP sur lui) en particulier. Ils allaient lui nuire dans son foyer.
Il fallait montrer que la communauté musulmane avait des problèmes sociaux.
Le
Messager (BP sur lui) était parti faire la guerre à la tribu de Al-Moçtaliq. Il
avait entrepris contre eux une petite bataille et était retourné avec son armée
qui, cette fois-ci, comprenait les hypocrites. Pendant une station de l’armée,
un des serviteurs de ‘Omar ibn Al-Khattâb s’était disputé avec l’un de ceux d’un
homme des Ançâr tout près d’un puits. Les deux garçons haussèrent la voix et le
premier cria “Ô les Mouhâdjirine (émigrés), à moi.” Et le second cria “Ô les
Ançâr (originaires de Médine) à moi.” Les gens commencèrent à se disputer et le
Messager (BP sur lui) en colère leur dit : “Vous retournez à vos habitudes de la
Djâhilya (ignorance d’avant l’Islam) quand je suis parmi vous ? Laissez cela
c’est de la puanteur.” Il pointait du doigt le fanatisme et je le rappelle aux
gens de nos jours ; partout où il y a des conflits entre les factions
musulmanes. Il ne faut pas oublier que le Messager (BP sur lui) est toujours
parmi nous avec sa tradition et ses recommandations. Je souhaite faire parvenir
ces paroles en Iraq et partout au monde.
‘Abdilllâh ibn Saloûl allait sauter sur l’occasion. Il était originaire des
Khazradj et il se mit a circuler entre les Aws et les Khazradj et à dire :
“Voyez-vous, comment nous les avons reçus chez nous et comment ils nous le
rendent aujourd’hui ? Je ne vois de meilleur exemple de Mohammed que celui qui
dit ‘Tu fais grossir ton chien pour qu’il te mange’. Par Allah, si nous
retournons à Médine, le plus puissant en fera assurément sortir le plus humble.”
Il se désignait comme le puissant et le Prophète comme l’humble. Ces paroles
rapportées au Prophète (BP sur lui) le mirent en colère et ‘Omar lui demanda la
permission d’aller couper la gorge à cet hypocrite. Mais le Messager dit : “Ô
‘Omar, je n’aimerais pas que les Arabes disent que Mohammed tue ses compagnons.”
La
situation était difficile parce que la dispute avait éclaté au milieu d’une
troupe armée. Et malgré qu’elle venait juste de se poser pour une station de
repos, le Messager (BP sur lui) leur ordonna de se préparer pour le départ et
les fit marcher pendant deux jours et une nuit au point que dès qu’il leur
permit de descendre, ils posèrent leur tête et dormirent profondément. Il leur
avait infligé cette marche pour user leur énergie et ne pas leur laisser la
force de se disputer. C’est une méthode bien connue en psychologie sociale mais
il s’agit de l’utiliser pour soutenir le bien et non le contraire.
L’incident du Ifk :
A
leur arrivée à Médine le Messager (BP sur lui) eut encore la mauvaise surprise
de voir que ‘Abdilllâh ibn Saloûl avait fait encore pire. Il avait manigancé une
calomnie contre la femme du Prophète (BP sur lui). Nous allons en apprendre une
bonne leçon et savoir comment l’Islam remédie aux histoires de médisances.
Toutes celles racontées et rapportées par les médias, sans aucune trace de
vérité en elles, et tous les dégâts qu’elles peuvent causer dans la société. Et
malgré que l’histoire complotée par les hypocrites était grave et douloureuse,
Allah nous dit à son sujet – ce qui peut être traduit par - : “...
Ne pensez pas que c'est un mal pour vous, mais plutôt, c'est un bien pour vous
... ” (TSC[i],
An-Noûr (LA LUMIERE) : 11). C’état un bien parce que nous allons en tirer
une leçon très profitable. Voyons comment ‘Â’icha a raconté l’histoire
elle-même. Elle dit :
A
chacun de ses départs, le Messager (BP sur lui) choisissait au sort celle de ses
femmes qui allait l’accompagner et je fus désignée pour la bataille de
Al-Moçtaliq. Au retour, à une des stations de repos de l’armée, j’ai voulu faire
mes besoins et je suis allée loin des gens là où personne ne pouvait me voir. A
mon retour j’ai mis ma main au cou et j’ai réalisé que j’avais sans m’en rendre
compte laissé tomber un collier que j’avais emprunté. Je suis retournée là où
j’étais allée pour le chercher et, à mon retour, l’armée était partie sans
remarquer que je n’étais pas dans mon palanquin. Les femmes de ces temps qui ne
mangeaient pas à leur faim étaient légères et les porteurs n’avaient pas
remarqué qu’il était vide. Je me suis assise en me disant que, après avoir
remarqué mon absence, ils allaient envoyer me chercher. Peu après, je me suis
endormie et je fus réveillée par une voix d’homme qui disait “Nous sommes à
Allah et c’est à Lui que nous retournons” C’était Safwâne ibn Al-Mou‘attal qui
était chargé par le Prophète (BP sur lui) de
surveiller les arrières de l'armée et de porter secours à quiconque se perdrait
ou tarderait et récupérer les objets qui seraient éventuellement égarés en
route. Quand il vit
‘Â’icha,
il toussota et récita à haute voix une petite invocation, ce qui réveilla
‘Â’icha.
Il poussa la chamelle à s'accroupir devant elle et quand elle monta dessus, il
se mit devant et tira la chamelle par les rênes jusqu'à ce qu'ils rejoignent le
gros de la troupe.
‘Â’icha
racontait qu'il n’a pas prononcé un seul mot durant le trajet et ne s'est jamais
retourné.
Le premier qui les vit venir était Abdullah Ibn Obay Ibn Salloul qui se mit à
colporter des rumeurs et des insinuations perfides. Cela fit jaser les mauvaises
langues et la rumeur circula parmi l'armée telle une traînée de poudre et quand
ils arrivèrent à Médine c'était toute Médine qui était au courant. Ce fut une
occasion rêvée pour les hypocrites d’injecter leur venin perfide et de semer le
trouble et le chagrin dans la maison du Prophète.
Cela dura tout un mois.
‘Â’icha
racontait qu'elle était tombée malade et était prise d'une fièvre durant tout le
mois. Allah a voulu qu'elle n'endure pas la souffrance d'entendre de telles
accusations proférées contre elle. Elle ne sut que durant les trois derniers
jours. Elle dit qu'elle n'était consciente de rien durant tout ce temps sauf que
le Prophète venait la voir de temps en temps et demandait de ses nouvelles, elle
dit se souvenir qu'il était soucieux mais qu'il n'ajoutait rien à ses questions
sur son état.
Quand
‘Â’icha
se remit de son mal, elle sortit au bain maure avec la mère de Moustâh. Moustâh
Ibn Atha'tha était orphelin et Abou Bakr le père de Aicha subvenait à ses
besoins et le couvrait de ses bienfaits. Moustâh était l'un de ceux qui avaient
parlé d'‘Â’icha
et l'avaient accusée dans son honneur. Il y avait parmi eux aussi le non moins
grand compagnon Hassan Ibn Thabet.
A leur retour du bain maure, la mère de Moustâh perdit équilibre et faillit
tomber et dit : malheur à toi ô Moustâh.
‘Â’icha
s'indigna et lui dit qu'il ne convenait pas de dire du mal de quelqu'un qui a
émigré avec le Prophète et combattu à Badr. Oum Moustâh dit alors à
‘Â’icha:
« ne sais-tu pas ce qu'il a dit à propos de toi ? »
‘Â’icha
parut surprise et s’enquit de ce que Moustâh avait dit à son sujet. Oum Moustâh
lui raconta les propos qu'il avait tenus sur elle et la médisance qu'il répandit
à son sujet et que toute Médine répétait.
‘Â’icha
n'en revint pas et elle courut à la maison où elle trouva le Prophète assis,
l'air soucieux et affligé.
J'imagine que le Prophète vivait à ce moment là un malheur encore plus atroce
que les supplices qu'on lui faisait subir à la Mecque ou même pire que son
malheur à cause de la mort de son oncle Hamza et pire que la défaite de Uhud.
Il était atteint dans son honneur et il se résigna durant tout un mois ! Des
peines et des malheurs qui ont jalonné la sîra de ce grand homme et duquel nous
devrons apprendre aujourd'hui comment tenir dans les épreuves et réagir face aux
aléas de la vie.
‘Â’icha
ne souffla mot de tout cela au Prophète et lui demanda uniquement de l'autoriser
à aller en convalescence chez sa mère. Nous remarquons la finesse de
‘Â’icha,
en dépit de ce qu'elle venait d'entendre, elle n'osa pas en discuter avec le
Prophète et préféra se retirer chez sa mère pour prendre du recul. Cela nous
fait penser aux ménages d'aujourd'hui, qui s'ébranlent aux moindres crises et
durant lesquelles les époux se laissent aller aux plus véhémentes querelles.
Quand elle arriva chez sa mère,
‘Â’icha
l’interrogea aussitôt et celle-ci lui confirma les ragots que les gens
colportaient à son sujet. Elle lui demanda aussi si le Prophète et son père
savaient. Sa mère dut confirmer aussi cela, alors
‘Â’icha
courut vers son père qui était assis sur la terrasse entrain de lire le Coran et
qui entendit son dialogue avec sa mère. Quand elle leva ses yeux vers lui, elle
vit ses larmes qui coulaient sur son visage. Elle l'interrogea et lui demanda ce
qu'il pensait de ce qui a été dit. Abou Bakr lui dit : «personne ne tint des
propos pareils à notre sujet quand nous étions dans la
Djâhilya
‘époque préislamique’ ; se peut-il que l’on dise cela de nous alors que
maintenant nous sommes devenus musulmans?! » Les paroles d'Abou Bakr laissaient
paraître qu'il était profondément affligé et touché par cet événement.
Mais comment Médine a-t-elle réagi à cette rumeur ? Médine était divisée en
quatre catégories. La grande partie des gens avait un avis mitigé, ils ne
savaient pas s'il fallait croire ou réfuter cette rumeur. Une minorité d'entre
eux réfutèrent catégoriquement cette médisance et pensèrent du bien d'‘Â’icha.
Abou Ayoub Al-Ançari était un exemple de ceux-là. Il eut une discussion avec son
épouse qui fut d'ailleurs citée dans le coran par la suite. Abou Ayoub dit à sa
femme : « dis moi ô Oum Ayoub, si tu était à la place de
‘Â’icha,
aurais-tu fait ce qu'ils prétendent qu'elle a fait ? » Sa femme lui répondit:
« par Allah je n'aurais jamais fait une chose pareille. » Alors Abou Ayoub lui
dit : « et
‘Â’icha
est meilleure que toi. » Puis sa femme lui demanda : « et toi, si tu étais à la
place de
Safwâne,
ferais-tu ce qu'ils disent qu'il a fait ? » Abou Ayoub répondit : « Par Allah je
n'aurais jamais trahi le Prophète. » Alors Oum Ayoub lui dit : « Safwâne
est meilleur que toi. »
Une partie des gens n'étaient pas certains de la véracité de cette rumeur, mais
ils se sont quand même laissés aller au jeu malsain de la rumeur et ont repris
les racontars qui déshonoraient
‘Â’icha.
A l'image de Hassân Ibn Thabet et Moustâh et Hounaya Bent Jahche, la belle sœur
du Prophète.
La quatrième catégorie était celle de gens qui ont lancé la rumeur même et qui
l'entretenaient en rajoutant des histoires faites de toutes pièces.
Abou Bakr pleurait tout le temps et jurait de ne plus s'occuper de Moustâh et le
priver désormais de l'aide qu'il lui prodiguait. Quant à
Safwâne,
qui était aux côtés de
‘Â’icha
l'objet de cette médisance, il fut très peiné à cause de ce que les gens
racontaient à son sujet. Il prit son arc et alla vers Hassân Ibn Thabet qui
avait dit des vers de poésie à son encontre et lui tira une flèche qui creva son
œil. Celui-là partit protester chez le Prophète et exiger réparation. Le
Prophète malgré le mal que Hassân lui avait fait, lui dit qu'il méritait que
Safwâne
lui verse une dîme pour son œil et qu'il allait lui-même la lui donner. Il lui
désigna un jardin qu'il possédait et le donna à Hassân !
La révélation s'interrompit durant tout ce mois. Djîbril ne descendit pas pour
démentir les ragots et apaiser le Prophète. Telle était la volonté de Dieu pour
que la société passe au peigne fin et pour que Allah sache celui qui réfuterait
de celui qui se laisserait aller à la médisance. Mais aussi pour apprendre la
résignation au Prophète, à
‘Â’icha
et Abou Bakr, et pour que nous prenions exemple sur eux
‘Â’icha
racontait qu'elle avait souffert durant les trois jours pendant lesquels elle a
su, au point que ses larmes ne tarissaient pas et qu'elle ne put trouver le
sommeil.
Le Prophète, quant à lui, était très peiné, non qu'il crut à ce que les gens
racontaient à propos de sa femme, mais il était tiraillé entre son rôle d'époux
qui aurait dû combattre tous ceux qui oseraient dire du mal de sa femme et
atteindre son honneur, et son rôle de chef de la nation qui devait garder son
calme et être au-dessus des querelles et des crises.
Le Prophète avait, si j'ose dire, trois choix devant lui. Ou bien il divorcerait
de
‘Â’icha
et se laverait ainsi de cet affront, ou bien il réagirait avec force et
menacerait des plus atroces châtiments celui qui oserait en dire un mot et il
avait les moyens de le faire quitte à outrepasser et faire du mal aux autres. Ou
bien il resterait neutre et laisserait les choses suivre leur cours. Mais il ne
fit rien de tout cela; il choisit d'agir autrement. Il poussa la partie des gens
qui ne crurent pas à la rumeur à parler et pousser ainsi la société à innocenter
son épouse. Il rencontra d'abord Oum Aymen et l'interrogea sur ce qu'elle
entendit, celle-ci lui répondit qu'elle ne connaissait que du bien d'‘Â’icha
et qu'elle veut prémunir son oreille et sa bouche de raconter de telles choses.
Puis il alla voir sa femme Zeineb Bent Jahche, et lui demanda aussi ce qu'elle
pensait, elle lui répondit de même qu'elle ne pensait que du bien de
‘Â’icha.
En suite, le Prophète alla voir Oussama Ibn zayd qui était jeune, celui-ci lui
dit que la rumeur n'était que mensonge et ceux qui la propageaient étaient des
menteurs. Ali Ibn Abi Taleb quant à lui, conseilla au Prophète de ne pas
s'attarder sur ce problème et lui suggéra de divorcer de
‘Â’icha
car les femmes sont nombreuses et cela n'était qu'un souci de femmes.
‘Omar Ibn Al-Khattab tint au Prophète des propos des plus sensés. Il lui dit :
« N'est-ce pas que c'est Allah qui t'a enjoint d'épouser
‘Â’icha
? » Quand le Prophète acquiesça, ‘Omar lui dit : « crois-tu ô Messager que Allah
te voudrait du mal en te choisissant une femme qui ne te méritait pas ?! » Alors
le Prophète demanda à ‘Omar de parler de cela aux gens. Le Prophète
n'interrogeait ces personnes que dans le but de crever l'abcès et laisser la
vérité apparaître. Il était messager avant tout et il ne pouvait pas
compromettre le message qu'il portait à l'humanité en se brouillant avec sa
communauté et il s'est résigné durant tout un mois puisque la révélation ne
descendait pas et qu'il n'avait pas de preuve matérielle pour innocenter son
épouse. L'un des orientalistes dit même que ceci présente un signe qui confirme
sa prophétie. Il dit qu'à chaque fois qu'il doutait de Mohammed il pensait
aussitôt à l'incident de l'Ifk et se convainquit que seul un prophète pouvait
endurer cette souffrance sans se révolter ou commettre des représailles !
Le Prophète alla encore plus loin et décida d'en parler en public. Il monta sur
la chaire de la mosquée et fit un sermon. Il leur dit : "ô gens, j'ai entendu
qu'un homme porte atteinte à ma famille, alors que je ne connais que du bien de
ma famille et les gens en témoignent. On m'a cité un homme duquel je ne connais
que du bien, et qui n'est jamais entré dans ma maison en mon absence ou à mon
insu. Sauriez vous me comprendre si j'exigeais réparation auprès du premier ?"
Ousayd Ibn Houdhayb, le chef des Aws se leva et dit : « s'il était un des nôtres
(‘Abdilllâh
Ibn Oubey
ibn Saloûl
était des Khazraj) nous lui couperions la tête, et s'il est de nos frères les
Khazraj ordonne-le et nous lui couperons la tête. » A ces paroles, Sa’d Ibn
Oubada qui était des Khazraj se leva et dit : « tu mens, tu n'oseras jamais le
faire. » Alors Ousayd, exaspéré, lui répondit : « Tu es un hypocrite qui défend
un autre hypocrite. » Cette querelle déchaîna les autres Aws et les Khazraj qui
étaient présents et une scène de cohue se déroula dans la mosquée. Le Prophète,
triste, descendit alors de la chaire et leur dit : « Calmez-vous, agissez-vous
comme au temps de la
Djâhilya
alors que je suis encore parmi vous ?! »
Le Prophète se rendit chez Abou Bakr où il trouva
‘Â’icha
assise avec ses parents entrain de pleurer. Alors il lui dit : «
‘Â’icha
si tu es innocente, Allah t'innocentera. Et si tu as commis une quelconque
faute, repens-toi car Allah est miséricordieux. » Alors
‘Â’icha
regarda ses parents et les interrogea : « Dites quelque chose. » Abou Bakr ne
sut quoi dire. Alors elle leur dit : « Je sais qu'un certain soupçon s'est
glissé dans vos cœurs, et même si je vous disais que je suis innocente vous ne
me croiriez pas, je ne trouve à dire que ce qu'a dit le père de Youssef. »:
[Il ne me reste plus donc] qu’une belle patience! C’est Allah qu’il faut
appeler au secours contre ce que vous racontez!» " (TSC, Yoûssouf
(JOSEPH) : 18).»
Cette histoire doit nous servir d'exemple, d'exemple à tous ceux qui se font
accuser à tort, qu'ils prennent leur mal en patience et s'en remettent à Allah
comme a fait
‘Â’icha.
‘Â’icha
se retira, se mit dans son lit et elle pria et dit : « ô Allah, je sais que Tu
vas m'innocenter, mais je suis épuisée, fais en sorte que cela ne dure plus
longtemps. »
‘Â’icha
croyait que le dénouement viendrait à travers un rêve que le Prophète ferait, et
n'a jamais pensé que des versets seraient révélés à son sujet.
Elle racontait qu'avant même que le Prophète ne se lève et parte de chez eux le
Coran se révéla. Elle dit qu'ils avaient su cela à son visage. Et dès que la
révélation se termina et que Djîbril s’en alla, le visage du Prophète s'illumina
et il cria à l'adresse de
‘Â’icha:
« Sois contente ô
‘Â’icha,
Allah t'a innocentée avec du Coran qui sera récité jusqu'au jour du jugement. »
Elle racontait qu'elle s'était levée de son lit et s'était prosternée en
remerciement pour Allah. Récitons ces versets et apprenons comment nous devons
tenir nos langues et ne pas atteindre aux honneurs des gens et ne pas médire les
femmes sans preuve ni discernement.
Allah (exalté soit-Il) dit-ce
qui peut être traduit comme
: " Ceux qui sont venus avec la calomnie sont un groupe d'entre vous. Ne
pensez pas que c'est un mal pour vous, mais plutôt, c'est un bien pour vous. A
chacun d'eux ce qu'il s'est acquis comme péché. Celui d'entre eux qui s'est
chargé de la plus grande part aura un énorme châtiment. Pourquoi, lorsque vous
l'avez entendue [cette calomnie], les croyants et les croyantes n'ont-ils pas,
en eux-mêmes, conjecturé favorablement, et n'ont-ils pas dit: «C'est une
calomnie évidente? Pourquoi n'ont-ils pas produit [à l'appui de leurs
accusations] quatre témoins? S'ils ne produisent pas de témoins, alors ce sont
eux, auprès d'Allah, les menteurs. N'eussent été la grâce d'Allah sur vous et Sa
miséricorde ici-bas comme dans l'au-delà, un énorme châtiment vous aurait
touchés pour cette (calomnie) dans laquelle vous vous êtes lancés, quand vous
colportiez la nouvelle avec vos langues et disiez de vos bouches ce dont vous
n'aviez aucun savoir; et vous le comptiez comme insignifiant alors qu'auprès
d'Allah cela est énorme. Et pourquoi, lorsque vous l'entendiez, ne disiez-vous
pas: «Nous ne devons pas en parler. Gloire à Toi (ô Allah)! C'est une énorme
calomnie»? Allah vous exhorte à ne plus jamais revenir à une chose pareille si
vous êtes croyants. Allah vous expose clairement les versets et Allah est
Omniscient et Sage. Ceux qui aiment que la turpitude se propage parmi les
croyants auront un châtiment douloureux, ici-bas comme dans l'au-delà. Allah
sait, et vous, vous ne savez pas. " (TSC, An-Noûr (LA LUMIERE) :
11/19)
Saurions-nous tirer de ces versets les règles qui devront régir nos sociétés ?
Régir la morale de nos journaux et nos moyens d'information qui se lancent dans
des médisances et des conjectures et jettent dans la boue l'honneur et le nom
des gens, sans scrupules ni retenue en détruisant des foyers et des carrières ?
Saurions-nous comprendre ces versets pour que nous sachions mieux tenir nos
langues et ne pas médire des gens et nous permettre d'atteindre aux honneurs des
autres ?
Puis viennent les versets suivants :
Allah (exalté soit-Il) dit
-ce qui peut être traduit comme : " Ceux qui lancent des accusations contre des
femmes vertueuses, chastes [qui ne pensent même pas à commettre la turpitude] et
croyantes sont maudits ici-bas comme dans l'au-delà; et ils auront un énorme
châtiment, " (TSC, An-Noûr (LA LUMIERE) : 23).
Oserons-nous après cela nous amuser en colportant des potins et des ragots qui
mettent en cause l'honneur des gens sans sourciller ?
Puis est révélé un autre verset tout aussi important et
Allah (exalté soit-Il) dit-ce
qui peut être traduit comme : " Et ceux qui lancent des accusations contre
des femmes chastes sans produire par la suite quatre témoins, fouettez-les de
quatre-vingts coups de fouet, et n'acceptez plus jamais leur témoignage. Et
ceux-là sont les pervers, " (TSC, An-Noûr (LA LUMIERE): 4).
A la suite de ces versets, on emmena Hassân Ibn Thabet, Hounaya et Moustâh et on
les fouetta.
A la lecture de ces versets on s'aperçoit que Allah a veillé à préserver la
société de la turpitude et des mauvaises mœurs. Car il n'a pas institué le
châtiment du fouet pour tout fornicateur, mais pour celui qui sera vu par quatre
personnes. Et celui qui sera vu par quatre personnes alors qu'il commet cette
turpitude est quelqu'un qui veut répandre le mal parmi la société
et
celui qui veut que le mal se répande parmi les croyants doit être combattu car
ce sont des conduites qui sapent le fondement même de la nation.
La sourate qui compte ces versets a été
appelée sourate An-Noûr (la lumière) car les préceptes qu'elle contient
illuminent la société.
Conclusion :
Je présume que nous avons tous saisi durant
cet épisode des notions très importantes. A commencer par la nécessité de ne pas
dévoiler à tout propos les fautes des gens et veiller à prémunir la société des
maux et de la turpitude pour qu’ils ne s'y répandent pas.
La cinquième année de l'hégire fut l'année
dans laquelle Allah a institué toutes les lois qui préservent les mœurs et la
morale de la nation, car c'est durant cette année aussi que furent révélés les
versets qui enjoignaient aux femmes de se voiler; Allah (exalté soit-Il) dit -ce
qui peut être traduit comme : "Et dis aux croyantes de baisser leurs
regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en
paraît et qu'elles rabattent leur voile sur leurs poitrines " (TSC,
An-Noûr (LA LUMIERE) : 31). Aux hommes et aux femmes de baisser le regard
" Dis aux croyants de baisser leurs regards et de garder leur chasteté. C'est
plus pur pour eux. Allah est, certes, Parfaitement Connaisseur de ce qu'ils
font. "(TSC, An-Noûr (LA LUMIERE): 30), aux pères de ne pas
contraindre leurs filles à la turpitude "ne contraignez pas vos femmes
esclaves à la prostitution, si elles veulent rester chastes. Si on les y
contraint, Allah leur accorde après qu'elles aient été contraintes, Son pardon
et Sa miséricorde. "(TSC, An-Noûr (LA LUMIERE): 33). Les
versets qui incitent les jeunes au mariage " Mariez les célibataires
d'entre vous et les gens de bien parmi vos esclaves, hommes et femmes. S'ils
sont besogneux, Allah les rendra riches par Sa grâce. Car (la grâce d') Allah
est immense et Il est Omniscient. "(TSC, An-Noûr (LA LUMIERE): 32).
Et ceux qui nous ordonnent de se faire annoncer et demander la permission
avant d'entrer dans les maisons d'autrui "vous qui croyez! N'entrez pas
dans des maisons autres que les vôtres avant de demander la permission [d'une
façon délicate] et de saluer leurs habitants. Cela est meilleur pour vous.
Peut-être vous souvenez-vous." (TSC, An-Noûr (LA LUMIERE): 27).
Tous ces préceptes sont contenus dans la
sourate An-Noûr, des garde-fous qui, s'ils venaient à être appliqués,
préserveraient la société de l'effritement et de l'effondrement que causent la
propagation de la turpitude et la dépravation et la perversion des mœurs. Des
préceptes aussi qui révèlent combien l'Islam tient à la dignité et l'honneur de
la femme.
Avant de clore,
nous évoquerons aussi la tendance au pardon et à la miséricorde des compagnons
du Prophète. ‘Â’icha, malgré le mal que Hassân Ibn Thabet lui avait fait, ne lui
tint pas rancune. Son père Abou Bakr, qui avait juré de ne point couvrir de ses
bienfaits l'orphelin Moustâh qui avait relayé la médisance ayant touché sa
fille, se rétracta à la révélation de ce verset. Allah (exalté soit-Il) dit -ce
qui peut être traduit comme
: " Et que les détenteurs de richesse et d'aisance parmi vous, ne jurent
pas de ne plus faire des dons aux proches, aux pauvres, et à ceux qui émigrent
dans le sentier d'Allah. Qu'ils pardonnent et absolvent. N'aimez-vous pas
qu'Allah vous pardonne? et Allah est Pardonneur et Miséricordieux! "(TSC,
An-Noûr (LA LUMIERE): 22). Il décida de lui pardonner et lui rétablit les
faveurs qu'il lui accordait auparavant. Alors prenons exemple sur eux, et
profitons de la miséricorde qui couvre les derniers jours de ramadan et
pardonnons-nous les uns aux autres et soyons miséricordieux. Faisons en sorte
que les préceptes de la sourate An-Noûr s'établissent en nous et parmi nous.
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