Les Bâtisseurs de la vie
La patience
Je
demande refuge à Allah l’Audient et l’Omniscient contre le damné Satan. Au Nom
d'Allah le Tout Miséricordieux le Très Miséricordieux, et que le salut et la
paix d'Allah soient sur le plus noble des messagers, notre prophète Mohamed.
Louange à Allah, nous recourons à Lui et nous Lui demandons de nous guider, nous
pardonner, et nous préserver de nos mauvaises actions : « Celui qu’Allah
guide, c’est lui le bien guidé. Et quiconque Il égare, tu ne trouveras alors
pour lui aucun allié pour le mettre sur la bonne voie » (TSC[i],
Al-kahf ‘La Caverne’ : 17).
La vertu qui sera l’objet de notre cours aujourd’hui est celle de la patience
parce qu’effectivement, elle devient de plus en plus mal saisie par les gens.
Quand, à titre d’exemple, les jeunes se plaignent d’un péché quelconque et qu’on
leur conseille de patienter, cette réponse ne leur plait pas. Il en va de même
pour les gens qui essayent de faire la prière nocturne ou la prière du Fajr à
temps sans toujours réussir à réaliser ce qu’ils veulent. Pour eux, le conseil
de patienter est trop théorique alors que ce dont ils ont besoin c’est une
solution pratique. Malheureusement, le mot ‘patientez’ est devenu pour beaucoup
d’entre nous un mot utilisé pour mettre terme à une conversation sans arriver à
une solution quelconque.
La patience est vraiment un comportement pratique. Elle en est ainsi dans la
mesure où elle porte un certain sens de progressivité. En ce sens, la patience
serait un comportement qui concerne non seulement les hommes mais les surpasse
pour concerner également les habitants des cieux et de la terre. L’univers,
l’embryon humain et les germes des plantes suivent tous cette idée de
progressivité et de patience. Il est également intéressant de constater
qu’Allah, bien qu’étant capable de créer les cieux et la terre dans un instant
très court, les a créés en 6 jours. La raison derrière ce choix est qu’Allah
veut nous apprendre que la vie dans notre monde nécessite de la patience et que
chaque objectif, pour être réalisé, a besoin de persévérance, d’endurance et de
progressivité.
C’est la raison pour laquelle les oulémas trouvent que : la perfection dans le
monde d’ici-bas et dans la pratique du culte de n’importe quelle personne dépend
de son degré de patience. Prenons à titre d’exemple le fait qu’une personne
excelle dans son travail. Ceci n’a-t-il pas nécessité de cette personne un
certain nombre d’année d’études et d’entraînements ? Regardons aussi une
personne dont la foi est très forte et dont la relation avec Dieu est très
solide. Ceci n’a-t-il pas nécessité d’elle une grande patience pour accomplir
ses devoirs et éviter des péchés ? La reconstruction de tout un pays et de ses
infrastructures, n’a-t-il pas besoin de persévérance ? Quelqu’un qui voudrait
cesser de fumer, pourrait-il le faire soudainement sans passer graduellement par
les étapes nécessaires. Une personne, pourrait-t-elle obéir à ses parents en
étant impatiente ?
Ceci est également vrai dans le sens inverse : un déséquilibre dans le degré de
patience aboutit à un déséquilibre dans la vie d’ici-bas et dans la vie
religieuse. L’adultère par exemple provient du fait que certaines personnes ne
patientent pas jusqu’à ce qu’elles se marient. L’alcoolisme est aussi le
résultat d’une impatience en cas de crises ou de difficultés qu’une personne
peut rencontrer durant sa vie.
L’âme est dans ce sens une monture qui conduit soit vers le paradis soit vers
l’enfer. Sa bride ou son frein n’est rien que le sabr (la patience) qui
veut dire dans la langue arabe ‘le frein’ et ‘l’interdiction’: le sabr
devant les péchés veut dire que tu te défends de les commettre, le sabr
en cas des crises veut dire se défendre de se plaindre ou de contester la
volonté divine, le sabr en ce qui concerne l’accomplissement des bonnes
actions veut dire s’empêcher de dévier de cette bonne voie.
La patience est donc une vertu qui jouit d’une importance majeure dans notre
religion. Elle a été évoquée environ 90 fois dans le Coran, plus que d’autres
vertus comme l’honnêteté ou la sincérité.
Allah (Exalté soit-Il) dit –ce qui peut être traduit comme : « Ô
les croyants ! Cherchez secours dans l’endurance et la Salât. Car Allah est avec
ceux qui sont endurants » (TSC, Al-Baqara ‘La Vache’ :153). La
patience est, en ce sens, un remède prescrit pour ceux qui ont peur de commettre
des péchés : c’est une manière de rester auprès d’Allah.
Un autre verset signale que « Très certainement, Nous vous éprouverons par
un peu de peur, de faim et de diminution de biens, de personnes et de fruits. Et
fais la bonne annonce aux endurants » (TSC, Al-Baqara ‘La Vache’ :
155). Dans ce verset, Allah annonce une bonne nouvelle aux endurants : les
récompenses leur seront versées au jour de la résurrection. Mais savez-vous
pourquoi seront-ils comblés de ces bienfaits ? C’est parce que pendant leur vie
ils ne contestaient pas le destin qu’Allah décidait pour eux. Ils ne se
demandaient pas par exemple en cas de crise, pourquoi Allah m’a-t-Il choisi ce
destin. Par conséquent, au jour de la résurrection, Allah ne leur demandera
rien : Il les récompensera tout simplement. Et en retour à leur endurance dans
le monde d’ici-bas, ils seront satisfaits au jour dernier. Ce qui est également
intéressant c’est que selon les versets du Coran, on sait que « Quiconque
viendra avec le bien aura dix fois autant …. » (TSC, Al-‘An‘âm ‘Les
Bestiaux’ : 160). Or, dans le cas des endurants, la récompense sera
différente : elle sera sans compter : « …et
les endurants auront leur pleine récompense sans compter. » (TSC, Az-Zoumar ‘Les
Groupes’ :10)
Un autre verset montre que « … Allah aime les endurants. »
(TSC- ‘Âl-‘Imrân ‘La Famille D’Imran’ : 146 ). Cela signifie que non
seulement, Il sera avec eux mais qu’Il les aime également. Il m’est extrêmement
difficile de croire qu’une récompense comme celle-ci pourrait être rejetée.
Devant un telle récompense, serait-il toujours difficile pour vous de cesser de
fumer ? De baisser votre regard [ii]?
De consolider vos relations familiales ? D’obéir à vos parents ?!
Un quatrième verset signale que : «Et Nous avons désigné parmi eux des
dirigeants qui guidaient (les gens) par Notre ordre aussi longtemps qu’ils
enduraient et croyaient fermement en Nos versets » (TSC, As-Sajda ‘La
Prosternation’ : 24). C’est un verset qui évoque une situation de puissance
dans laquelle se trouvaient les juifs. Selon le verset, cette puissance était la
conséquence de leur foi puissante et de leur confiance en Dieu. Ce qui veut dire
que si jamais la Oumma musulmane désire être au premier rang, il lui faudra de
l’endurance. Il s’agit non seulement de travail ou d’adoration mais aussi
d’endurance et de persévérance.
Le Coran sait bien que le fait de patienter est un devoir lourd et qu’il n’est
pas facile de l’accomplir et c’est pour cette raison que dans ses versets il
signale que « Et celui qui endure et pardonne, cela en vérité, fait partie
des bonnes dispositions et de la résolution dans les affaires » et
s’adressant au prophète, il dit –ce qui peut être traduit comme : « Endure
(Mohammad) donc, comme ont enduré les messagers doués de fermeté… » (TSC,
Ach-Choûrâ ‘La Consultation’ : 43 et Al-‘Ahqâf : 35). C’est le même
conseil que le Prophète adressait souvent à ses compagnons : il leur rappelait
le verset coranique ordonnant –ce qui peut être traduit comme : « Ô
les croyants ! Soyez endurants. Incitez-vous à l’endurance. Luttez constamment
(contre l’ennemi) et craignez Allah, afin que vous réussissiez » (TSC,
‘Âl-‘Imrân ‘La Famille D’Imran : 200).
Il faut donc souligner que l’une des attitudes que l’islam réfute et qu’Allah
n’aime pas est l’impatience. Cependant, c’est une attitude qui malheureusement
se trouve chez beaucoup de gens : « En effet, Nous avons auparavant fait
une recommandation à Adam ; mais il oublia ; et Nous n’avons pas trouvé chez lui
de résolution ferme » (TSC, Tâ-Hâ : 115) Une personne impatiente
doit combattre en elle-même cette mauvaise habitude parce que l’islam souhaite
voir ses adhérents persévérants et fermes. C’est pour cela que dans l’un des
verset du Coran Allah dit à son prophète –ce qui peut être traduit comme : « Endure
avec patience la sentence de ton Seigneur, et ne sois pas comme l’homme au
Poisson (Jonas) qui appela (Allah) dans sa grande angoisse. Si un bienfait de
son Seigneur ne l’avait pas atteint, il aurait été rejeté honni sur une terre
déserte » (TSC, Al-Qalam ‘La Plume’ : 48-49).
On peut également constater qu’en ce qui concerne les récits des prophètes, le
Coran n’évoque la leçon à retenir qu’à la fin de chaque récit. C’est comme si le
Coran voulait nous apprendre à patienter jusqu’à la fin de chaque histoire pour
en retenir l’essentiel. Ce qui est d’autant plus intéressant c’est de remarquer
dans la sourate Hoûd, qui est pleine de récits de prophètes, la fin de
l’histoire du prophète Noé qui se termine par le verset –ce qui peut être
traduit comme : « …Sois patient. La fin heureuse sera aux pieux »
(TSC, Hoûd : 49). C’est comme si Allah racontait toute cette histoire
rien que pour arriver à cette phrase finale qui dit au Prophète : ne te
t’attriste point.
Par les versets coraniques, Allah nous apprend également que les musulmans ou
les serviteurs d’Allah ne pourraient acquérir aucune victoire s’ils ne
persévéraient pas à Lui obéir : «… Ceux qui étaient convaincus qu’ils
auront à rencontrer Allah dirent : « Combien de fois une troupe peu nombreuse a,
par la grâce d’Allah, vaincu une troupe très nombreuse ! Et Allah est avec les
endurants » » (TSC, Al-Baqara ‘La Vache’ : 249). C’est le même
sens qu’Allah a aussi voulu que les musulmans saisissent dans la sourate Al-‘Anfâl :
« … S’il se trouve parmi vous vingt endurants, ils vaincront deux cents ;
et s’il s’en trouve cent, ils vaincront mille mécréants… » (TSC, Al-‘Anfâl
‘Le Butin’ : 65). La seule condition qu’Allah met pour qu’une vingtaine de
personnes puisse vaincre deux cents est qu’elle soit persévérante et patiente.
Le Coran dit aussi dans un autre verset –ce qui peut être traduit comme :
« Combien de prophètes ont combattu, en compagnie de beaucoup de disciples,
ceux-ci ne fléchirent pas à cause de ce qui les atteignit dans le sentier
d’Allah. Ils ne faiblirent pas et ils ne cédèrent point. Et Allah aime les
endurants » (TSC, ‘Âl-‘Imrân ‘La Famille D’Imran’ : 146). Pas de
victoire donc sans endurance.
Il s’ensuit que la patience demeure pratiquement une obligation. Nous devons
tous être patients même si nous sommes habitués à être le contraire. Chacun
d’entre nous doit s’entraîner à patienter et à persévérer.
La patience n’est non seulement évoquée par le Coran mais aussi par les Hadiths
du Prophète (BP sur lui) dont nous citerons ici quelques-uns à titre d’exemple :
‘‘La patience est une lumière’’
Remarquez qu’il faut vraiment s’arrêter sur les mots qu’utilise le Prophète dans
ce hadith… Vous êtes vous demandé pourquoi il n’a pas dit ‘‘la patience est une
preuve ou une puissance ou un genre de fermeté’’ ? En effet, ce hadith nous
montre que le Prophète ne disait pas n’importe quoi et qu’il « ne prononce
rien sous l’effet de la passion »
(TSC, An-Najm ‘L’Etoile’ : 3) parce que les problèmes et les catastrophes
de la vie rendent ce monde sombre dans les yeux des sinistrés. Et,
effectivement, dans cette obscurité, il n’y a que la lumière qui peut éclairer.
C’est pour cette raison qu’en cas de crise, la personne n’a qu’à patienter.
‘‘Aucun don ne peut surpasser dans sa valeur celui de la patience’’
Ce n’est donc pas une question de richesse, de prestige ou de propriétés
accumulées dont il s’agit dans l’ici-bas, mais c’est plutôt une question de
patience.
‘‘Le croyant est privilégié par un avantage dont personne ne jouit que lui ;
en cas de malheur, il patiente et c’est pour lui le meilleur et en cas de
bonheur, il loue (Allah) et c’est pour lui le meilleur’’.
Remarquez-vous cet avantage ? En cas de difficultés et de problèmes, le croyant,
parce qu’il reste patient, demeure lié à son Créateur. Il en va de même en cas
de joie et de bonheur parce qu’il loue Allah pour Ses bienfaits. Il jouit donc
de la grâce de rester, malgré toutes les circonstances, en compagnie d’Allah.
Même s’il n’existait aucun hadith au sujet de la patience, il nous suffit de
savoir que l’un des beaux noms d’Allah est « Al-saboure » (Extrêmement et
Continuellement Patient) dont la puissance, dans la langue arabe, surpasse celle
d’autres mots comme « Al-sabr » (la patience) ou « Al-sabbâre »
(Le Très Patient). La patience divine diffère totalement de la patience
humaine : elle la surpasse de plusieurs niveaux et ne convient qu’à La Majesté
d’Allah.
‘‘Face aux propos désagréables, personne n’est plus patient qu’Allah. Il
entend Ses créatures lui attribuer un fils et continue à leur donner de Ses
bienfaits’’.
C’est tout à fait différent de ce que les êtres humains ont l’habitude de faire.
S’ils apprennent que quelqu’un parlent inconvenablement d’eux (comme dans le cas
des femmes et de leurs belles mères), ils se mettent immédiatement en colère et
se comportent différemment avec cette personne. C’est absolument le contraire
qui se passe lorsqu’on parle d’Allah. Bien qu’Il soit L’Audient et Le Tout
Puissant, Il ne cesse pas de leur donner de Ses bienfaits et ne hâte pas leur
punition. Ce n’est pas tout : parmi les six milliards habitants de la terre, on
peut estimer que peu sont les vrais serviteurs d’Allah (disons 300 mille par
exemple). Et Allah est toujours Patient et Indulgent. S’Il ne l’était pas, Il
aurait immédiatement détruit la planète.
On sait aussi qu’il y a des jours dans l’année (les fêtes par exemple) durant
lesquels la majorité des hommes commettent beaucoup de turpitudes. Ce qui se
passe c’est que les autres créatures d’Allah sur terre s’indignent par ces actes
comme il nous est rapporté dans un hadith : ‘‘Chaque jour, la mer dit à
Allah : Permettez-moi, Seigneur, de noyer le fils d’Adam qui a mangé de Vos
bienfaits et a adoré quelqu’un d’autre. Chaque jour, les montagnes disent à
Allah : Permettez-nous, Seigneur, de nous effondrer sur le fils d’Adam qui a
mangé de Vos bienfaits et a adoré quelqu’un d’autre. La terre dit :
Permettez-moi, Seigneur, d’avaler le fils d’Adam qui a mangé de Vos bienfaits et
a adoré quelqu’un d’autre. Mais Allah répond : « Laissez les, si vous les aviez
créés, vous les auriez pardonnés ’’. Et c’est pour cette raison que dans un
verset du Coran Allah dit –ce qui peut être traduit comme : « Allah
retient les cieux et la terre pour qu’ils ne s’affaissent pas. Et s’ils
s’affaissent, nul autre après Lui ne pourra les retenir. Il est Indulgent et
Pardonneur » (TSC, Fâtir ‘Le Créateur’ : 41). Avez-vous compris
maintenant pourquoi le Prophète disait dans son hadith que face aux mauvais
propos, personne n’est plus patient qu’Allah ?
Parmi les paroles des oulémas : ‘‘ La patience et la moitié de la foi’’.
C’est absolument vrai parce qu’en effet la foi n’est rien que d’accomplir les
bonnes actions et d’éviter les péchés tandis que la patience c’est le fait de
persévérer dans l’accomplissement de ces actions et dans la prévention des
péchés et de patienter en cas de difficultés. C’est aussi de patience dont il
s’agit dans notre vie : on passe la moitié de notre vie dans des difficultés et
l’autre moitié, on reçoit les grâces d’Allah. Si la moitié de la foi est la
patience ; la louange sera l’autre moitié. Ceci est de même conforme avec ce que
les oulémas croient et qui consiste à dire que l’homme doit à son Créateur deux
sortes de servitudes : l’une qui, en cas de difficultés, est de patienter et
l’autre qui, en cas de grâce, est de Le louer. Ces deux servitudes sont
rassemblées dans le verset coranique affirmant que « … Dans tout cela il y
a des signes pour tout homme plein d’endurance et de reconnaissance » (TSC,
‘Ibrâhîm ‘Abraham’ : 5). Bref, nous pouvons conclure que la patience est
pour la foi ce que la tête est pour le corps : un corps ne peut jamais survivre
sans tête. Il sera donc difficile d’envisager un croyant sans patience.
Mais ce qui nous intéresse dans cette leçon c’est la question de savoir de quel
genre de patience s’agit-il et quel type de patience faut-il appliquer ? Et bien
c’est la « belle patience ». Dans Son Livre Allah dit –ce qui peut
être traduit comme : « Supporte donc, d’une belle patience » (TSC,
Al-Ma‘ârij ‘Les Voies D’Ascension’ : 5) et c’est ce que Jacob dit
également : « … [Il ne me reste plus donc] qu’une belle patience !… »
(TSC, Yoûsouf ‘Joseph’ : 18). Ce que l’adjectif ‘belle’ désigne ici
c’est la patience qui n’est accompagnée ni de fureur ni de colère ni
d’inquiétude ni de protestation. Le visage du croyant doit refléter l’état de
satisfaction qu’il vit. Il est normal et accepté, en cas de difficultés, qu’il
s’attriste ou qu’il pleure mais ce qui est important pour que sa patience
demeure ‘belle’, c’est qu’il ne conteste pas la volonté divine.
La belle patience peut également avoir un autre sens : la patience positive.
Cette dernière voudrait dire le fait de décider, tout en patientant, de ce qui
pourrait aider à sortir de ce moment ou de cette situation de difficulté. Un
jeune homme, par exemple, qui n’a pas les moyens pour se marier doit avoir ce
genre de patience, à savoir, travailler sérieusement pour préparer les besoins
financiers nécessaires à son mariage. C’est en comprenant ce que désigne la
belle patience que l’on comprendra que la patience est autre chose que la
passivité et l’inaction.
Une leçon sur la patience sera incomplète si elle n’évoque pas les différents
genres de celle-ci. Il y a trois genres de patience :
1- La patience contre les péchés
2- La patience dans l’accomplissement des bonnes œuvres
3- La patience en cas de crises et de difficultés
Il se peut que quelques personnes soient patientes en cas de crises ou le soient
en ce qui concerne l’accomplissement des bonnes œuvres, mais devant la
tentation, elles peuvent s’effondrer et ne pas résister. D’autres peuvent avoir
un comportement très respectueux et une capacité de résistance face aux péchés
mais peuvent ne pas avoir de la patience pour l’accomplissement des bonnes
œuvres. Le meilleur, bien sûr, serait d’avoir les trois genres de patience à la
fois.
Ceci n’empêche pas que parmi les trois genres de patience, les deux premiers
soient plus appréciés par Allah même si les sinistres rencontrés étaient très
graves. Savez-vous pour quelle raison ? En effet, le fait de patienter en cas de
sinistres n’est qu’un genre obligé de patience. Par contre, en ce qui concerne
le premier et le deuxième genre de patience, il s’agit d’une patience
facultative : dans ce cas, c’est donc la personne elle-même qui choisit de
patienter sans être obligée de le faire. Il s’ensuit qu’en comparant la patience
du prophète Job au moment de sa maladie, de la perte de sa fortune et de ses
fils à celle du prophète Joseph lorsqu’il fut mis au prison, vous trouverez que
la patience de Joseph était plus parfaite parce que tout simplement, c’est
Joseph qui a choisi d’être emprisonné. Dans sa vie il rencontra plusieurs
épreuves : celle d’être jeté dans un puits, celle d’être réduit à l’esclavage,
mais l’épreuve la plus dure est celle d’avoir choisi le prison comme refuge
contre le risque de pécher.
La persévérance à accomplir les bonnes œuvres est le genre de patience le plus
apprécié par Allah car l’adoration d’Allah par l’accomplissement de Ses ordres
est en elle-même la raison d’être de notre création sur terre. C’est pour cette
raison aussi que dans les verstes du Coran Allah dit que –ce qui peut être
traduit comme : « Quiconque viendra avec le bien aura dix fois autant … »
(TSC, Al-‘An‘âm ‘Les Bestiaux’ : 160). Ce sont ces bonnes œuvres qui font
en sorte qu’Allah accorde Sa grâce aux gens pour qui les péchés et les bonnes
œuvres sont égaux sur la balance de jugement. Dans un Hadith Qudssy, Il dit –ce
qui peut être traduit comme : « Ma Grâce a devancé Ma Colère ».
Bref, la patience la plus appréciée est celle requise pour l’accomplissement des
bonnes œuvres suivie par celle de résister face aux tentations et en fin celle
de patienter en cas d’épreuves.
I] La patience en cas d’épreuves :
Commençons maintenant par expliquer en détails ce qu’est la patience face aux
difficultés. Elle englobe une série de moments et de situations où le croyant
doit patienter face à la mort d’un proche, face à une maladie permanente, face à
des situations difficiles causées par autrui, face à la pauvreté ou enfin face
aux différends conjugaux.
La patience face à la mort d’un proche :
ce proche peut être le mari ou la femme… Il est d’autant plus dur à supporter
pour la femme qui perd son époux ou l’un de ses enfants et c’est pour cette
raison que, lorsque les femmes demandèrent au prophète de leur consacrer un jour
dans la semaine pour leur enseigner la religion, il dit ‘Quiconque d’entre
vous perd durant sa vie trois de ses enfants, sera protégée contre l’enfer’. On
lui demanda ‘Et celle qui en perd deux ?’… il répondit ‘ et celle qui en perd
deux’.
Il dit aussi dans un autre Hadith : ‘Lorsque l’enfant du serviteur meurt,
Allah demande aux anges : ‘Avez-vous saisi l’enfant de Mon Serviteur ?’ et les
anges répondent : ‘Oui, Seigneur’. Il demande de nouveau : ‘ Avez-vous saisi le
fruit de son cœur ? ’ et les anges répondent : ‘Oui, Seigneur’. Il leur
demande : ‘Et qu’est ce que Mon Serviteur a dit ?’ et les anges répondent : ‘Il
T’a loué et a dit : nous appartenons à Allah et nous lui reviendrons’. Alors
Allah ordonne à Ses anges de bâtir à Son Serviteur une maison dans le paradis et
d’appeler cette maison ‘la maison de louange’.
Il en va de même pour quelqu’un qui perd brusquement son ami intime : son père,
sa mère, son frère, son maître. Un Hadith Qudssy dit à ce sujet –ce qui peut
être traduit comme : « Un serviteur à qui J’ai pris l’ami intime (le
compagnon) dans ce monde et qui a accepté Ma décision, ne peut être récompensé
que par le paradis ».
Imaginez-vous qu’en raison de votre patience face à une catastrophe comme
celle-ci, vous serez récompensé par le paradis ? Il faut percevoir les
catastrophes d’une autre manière et comprendre le sens réel qu’elles cachent.
Savez-vous par exemple qu’Allah dit au jour dernier aux enfants, qui sont morts
avant d’atteindre l’âge de l’obligation, d’entrer au paradis, mais que les
enfants Lui disent qu’ils ne veulent pas y entrer sans leurs pères et mères.
Allah leur dit alors : prenez les mains de vos parents et faites les entrer avec
vous.
La patience face aux maladies :
comme la perte de la vue, les maladies psychologiques ou la dépression, etc. Une
histoire nous est rapportée par le compagnon du prophète ‘Attâ’ Ibn Rabâh
qui dit qu’un jour le Prophète (BP sur lui) lui demanda s’il voulait voir une
habitante du paradis. Et, ayant répondu positivement, le Prophète lui montra une
femme noire qui était venue lui demander de la guérir de son épilepsie, le
Prophète dit à cette femme : ‘ si tu veux, je peux demander à Allah de te guérir
et si tu veux, tu peux patienter et avoir le paradis en récompense’. La femme
répondit : ‘Je préfère patienter mais le problème c’est que pendant les crises
d’épilepsie, je me déshabille’ (Remarquez sa pudeur alors que beaucoup de gens
maintenant le font volontiers). Elle lui demanda d’invoquer Allah pour qu’Il
l’empêche de se déshabiller pendant ses crises d’épilepsie. Et c’est ce que le
Prophète fit et c’est ce qui fut exaucé.
La perte de vue est aussi une épreuve qui a comme récompense le paradis et c’est
ce que montre le Hadith Qudssy affirmant que –ce qui peut être traduit comme
: ‘Le Serviteur que j’ai éprouvé par la perte de ses deux chères (les yeux
puisqu’elles ont une importance majeure), aura pour récompense le paradis’.
Imagine-toi que suite à un mal de ventre pendant la nuit, tu te lèveras le jour
sans aucun péché. Des gens peuvent parfois même se sentir heureux en étant
malade. A ce propos, Ibn Mas‘oud a dit : ‘il nous a été dit que les
sinistres ne font pas gagner des grâces et ceci nous a attristé. Mais quand il
nous a été dit qu’ils effacent les méfaits, ceci nous a contenté’. C’est le même
sens qu’un tabe‘î (successeur des compagnons du Prophète) Yazîd Ibn
Mayssara a voulu nous transmettre en disant : ‘Le serviteur peut un jour
tomber malade sans avoir accompli rien de bon ou sans avoir une bonne relation
avec Allah. C’est en ce moment qu’Allah inspire son cœur et l’appelle : « Ô Mon
Serviteur, reviens à Moi » et c’est à cet instant que les larmes lui viennent
aux yeux. En demandant la grâce d’Allah, Exalté soit-Il, ce malade sort de cette
épreuve, pur et sans péchés.
Le fait de supporter la douleur est aussi en soi un genre de patience : lors
d’une bataille, le Prophète a été blessé au doigt ; il le regarda et dit :
‘N’es-tu qu’un doigt qui saigne dans la voie d’Allah ?’ C’est dans cette logique
qu’il fait également partie de la Sunna de dire à un malade rétabli ‘tahoure
in cha Allah’ (ou ‘que votre maladie soit une cause de votre pureté
spirituelle’).
Le troisième genre de patience et celui de supporter les embarras et les propos
désagréables des autres
qu’ils soient le mari, le père, la voisine, la belle mère, ou l’ennemi. Dans un
hadith, le Prophète dit qu’au jour de la résurrection et quand Allah rassemble
toutes les créatures, les gens du mérite seront appelés à se manifester. Très
peu, ils avancent rapidement vers le paradis lorsque les anges les arrêtent et
leur demandent qui ils sont. Ils répondent : nous sommes les gens du mérite. Les
anges demandent alors : et quel est votre mérite ? Ils répondront : quand nous
étions victimes d’injustices, nous patientions, quand quelqu’un nous embêtait,
nous pardonnions et quand quelqu’un nous maltraitait nous endurions. Les anges
leur diront : rentrez au paradis, «… Que la récompense de ceux qui font le
bien est excellente ! » (TSC, Az-Zoumar ‘Les groupes’ : 74). Par
conséquent, en cas de propos désagréables, le verset dont tu devrais te souvenir
est « Et celui qui endure et pardonne, cela en vérité, fait partie des
bonnes dispositions et de la résolution dans les affaires » (TSC,
Ach-Choûrâ ‘La Consultation’ : 43).
Il faudrait aussi à cette occasion, souligner le verset coranique demandant
« … Et Nous avons fait de certains d’entre vous une épreuve pour les autres,
endurerez-vous avec constance ?... » (TSC, Al-Fourqân ‘Le
Discernement’ : 20) et rappeler que le Prophète (BP sur lui) nous a tous
devancé dans la compréhension et dans l’application de ce verset. Un jour,
lorsqu’il répartissait le butin d’une conquête, un homme protesta et lui dit
rudement : ‘Soit juste, Mohammad, cette répartition n’est pas juste’. Le
Prophète dit : ‘Que la Grâce d’Allah soit accordée à mon frère Moïse, il a
supporté plus que ça et a patienté’.
La patience peut apparaître également en situation de peine et de douleur.
A cet égard, le Prophète dit dans l’un de ses hadiths : ‘Toute fatigue,
maladie, tristesse ou douleur ressentie par le musulman –même s’il s’agit d’une
petite piqûre- aura comme effet d’effacer ses méfaits’. Ce hadith est très
intéressant dans la mesure où il précise que non seulement les peines physiques
sont récompensées mais que les peines psychologiques le sont aussi. Et
imaginez-vous que votre fatigue suite à un match de foot ou suite à n’importe
quel travail sera récompensée par l’effacement de vos méfaits. Ceci ne vous
donne pas l’impression qu’Allah a vraiment envie de pardonner à toutes ses
créatures surtout quand vous lisez l’autre hadith qui dit : ‘ L’abondance des
épreuves et des difficultés qui confrontent le musulman dans sa fortune, ses
enfants ou son corps, finira par le rendre à Allah sans aucun péché’. Et
c’est pour cette raison que les ennemis de l’islam – ceux qu’Allah n’aime pas-,
ne sont pas exposés à beaucoup d’épreuves ou de difficultés. Ils mènent souvent
une vie aisée et possèdent beaucoup de bienfaits : « …et lorsqu’ils eurent
exulté de joie en raison de ce qui leur avait été donné, Nous les saisîmes
soudain, et les voilà désespérés » (TSC, Al- ‘An‘âm ‘Les Bestiaux’ :
44).
Il y a aussi un hadith selon lequel la dureté des épreuves et leur abondance
varient selon le degré de croyance que chacun possède. D’après Mohammad (BP sur
lui), les prophètes sont les plus confrontés à subir des épreuves dures et
abondantes. Dans ce contexte, il est donc insensé de se demander lors d’une
épreuve : ‘pourquoi c’est moi qui a été choisi pour subir cette épreuve ?’.
Mais quel est le vrai sens caché derrière ces épreuves et pourquoi Allah nous
les fait-Il subir?
Premièrement,
les hadiths nous expliquent l’un des sens les plus importants de ces épreuves
qui est : l’ascension spirituelle, l’élévation de notre rang. En fait, ce que je
crains le plus c’est d’arriver au jour dernier sans avoir assez de bonnes œuvres
ou sans m’être débarrassé de mes péchés durant les épreuves de l’ici-bas. Le
risque au jour de la résurrection, c’est d’être en état de banqueroute si nos
bonnes œuvres ne dépassent pas nos péchés.
Deuxièmement,
face à toutes les épreuves auxquelles Allah nous soumet, Il sait exactement
quelle sera la réaction de chacun d’entre nous. Mais quand il s’agit de nous
juger, Allah ne s’appuie pas sur ce savoir, mais sur nos réactions concrètes
face aux épreuves. Et, c’est selon ces réactions et ces attitudes, qu’Allah nous
donne des degrés différents. Les épreuves dans ce cas représentent une preuve
concrète qui pourrait être pour ou contre la personne éprouvée.
Troisièmement,
un autre sens derrière ces épreuves est expliqué par le verset
« Comptez-vous entrer au paradis sans qu’Allah ne distingue parmi vous ceux qui
luttent et qui sont endurants » (TSC, ‘Âl-‘Imrân ‘La Famille D’Imran
: 142) ou encore celui qui affirme que –ce qui peut être traduit comme :
« Allah n’est point tel qu’Il laisse les croyants dans l’état où vous êtes
jusqu’à ce qu’Il distingue le mauvais du bon. Et Allah n’est point tel qu’Il
vous dévoile l’Inconnaissable… » (TSC, ‘Âl-‘Imrân ‘La Famille D’Imran:
179). Donc le savoir divin ‘inconnaissable’ n’est pas le critère dont Allah
se sert pour juger la personne (bien qu’il soit un critère juste) mais c’est
essentiellement les attitudes concrètes de l’être humain dont il est question.
Quatrièmement,
si notre vie reste toujours calme, stable, sans difficultés, pleine de bonheur
et de bonnes choses, il se peut que nous devenions orgueilleux ou que nous
considérions que tous ces bienfaits sont des acquis naturels et non des dons
divins. Et, une personne qui atteint ce point risque de perdre en elle le
sentiment de besoin à Allah. Le fait donc même de rencontrer de difficultés dans
sa vie est en soi une grâce divine parce qu’il conduit la personne à se
repentir, à revenir à Allah et ressentir Sa tendresse et Son affection. Il faut
également signaler que l’homme ne sentira guère la beauté du paradis si rien
n’avait jamais perturbé sa vie.
Cinquièmement,
les difficultés nous rappellent la grâce du Bienfaisant et par conséquent nous
rappellent la nécessité de louer Allah.
Sixièmement,
par ces difficultés, Allah évalue Ses Serviteurs pour voir qui parmi eux, en cas
de crise, continuera de faire ce qu’Il aime : accepter Ses épreuves sans
protestation.
Septièmement,
parmi les nombreux noms (attributs) qu’Allah possède, il y a le ‘Tout Puissant’,
le ‘Miséricordieux’ et ‘l’Affectueux’. L’un des avantages de ces moments
difficiles, est de mieux comprendre les attributs et les noms d’Allah et de les
voir se concrétiser.
Maintenant que les avantages des épreuves sont expliqués, nous évoquerons
quelques modèles de personnes patientes. Le plus marquant parmi ces modèles est
celui du prophète ‘Ayoub’ Job –qu’Allah lui accorde Son Salut-. Pendant 80 ans,
il vécut sain et sauf et eut 14 fils et filles. Mais au bout de ces 80 années,
il perdit tous ses fils et filles et fut atteint par une grave maladie qui
l’empêcha même de pouvoir bouger. Les membres de son corps commencèrent
également à tomber et les gens qui, auparavant, l’aimaient s’éloignèrent tous de
lui. Personne ne le soutint durant cette épreuve sauf sa femme fidèle dont nous
devons saluer la patience et la solidarité. D’ailleurs, on trouve
malheureusement que de nos jours, ce genre de femmes devient de plus en plus
rare. La femme du prophète Job l’a soutenu pendant 18 ans et a dépensé tout son
argent pour veiller sur lui. Lorsqu’ils finirent par ne rien trouver à manger,
cette brave femme décida de travailler pour pouvoir poursuivre son message. Elle
travailla chez les gens : imaginez-vous à quel degré ils étaient dans le
besoin ? Puis, un jour, elle lui demanda : pourquoi ne demandes-tu pas à Allah
de te guérir ? Et Job répondit : Il m’a comblé de bienfaits pendant 80 ans, je
patienterai pour 80 ans avant de Lui demander cela. C’est évidemment pour cette
raison que Job est reconnu comme étant l’exemple modèle de la patience et que le
Coran dit –ce qui peut être traduit comme : « …Nous l’avons trouvé
vraiment endurant. Quel bon serviteur ! Sans cesse il se repentait » (TSC,
Sâd : 44). Cette situation persista jusqu’à ce que les gens commencèrent à
craindre le femme de Job de peur que la lèpre de son mari leur soit transmise.
Elle finit par vendre ses tresses et Job décida enfin d’invoquer Allah. Mais ce
qui est intéressant c’est de voir comment Job choisit de formuler sa demande. Il
dit –ce qui peut être traduit comme : « … Le mal m’a touché. Mais Toi, tu
es les plus miséricordieux des miséricordieux » (TSC, Al-’Anbiyâ’
‘Les prophètes’ : 83). Il ne s’est plaint de rien et durant les 18 ans, il
n’a pas protesté. Et c’est pour cette raison que la réponse divine arriva comme
suit –ce qui peut être traduit comme : « Nous l’exauçâmes et le
sauvâmes des son angoisse. Et c’est ainsi que Nous sauvons les croyants »
(TSC, Al-’Anbiyâ’ ‘Les prophètes’ : 88). Il nous est en effet rapporté
par les exégètes, qu’après ces 18 ans, Allah lui a donné 28 fils et filles :
c’est le sens du verset « Et Nous lui rendîmes sa famille et la fîmes deux
fois plus nombreuse, comme une miséricorde de Notre part et comme un rappel pour
les gens doués d’intelligence » (TSC, Sâd : 43). Sa fortune fut
aussi bénie et sa santé lui revint de nouveau.
Bref, ce qui se passa avec le prophète Job –qu’Allah lui accorde Son Salut-
supplante n’importe quelle difficulté ou épreuve que t’aies pu rencontrer. Un
petit accident dans ta voiture, une simple blessure ou une mort subite d’un
proche ; tous cela n’équivaut en rien ce qui se passa à Job.
Notre deuxième modèle est celui du prophète ‘Yoûsouf’ Joseph –que le Salut
d’Allah lui soit accordé-. Tout petit, il perdit sa mère, fut enlevé à son père,
jeté dans un puits « …les profondeurs invisibles du puits »
(TSC, Yoûsouf ‘Joseph’ : 15) par ses frères qui le haïssaient et qui
faillirent le tuer, puis il finit par être réduit en esclave. Et, qu’il est dur
d’être réduit à l’esclavage lorsqu’on est le descendant d’une chaîne de
prophètes (Abraham, Isaac et Jacob) ! Les épreuves de sa vie ne s’arrêtèrent pas
à ce point. Deux fortes tentations le rencontrèrent et il décida de résister. La
première était celle de la femme de son maître qui essaya de le séduire et la
deuxième est celle d’être corrompu par l’argent et le ministère.
Citons aussi parmi nos exemples, celui du compagnon du Prophète, Imrâne Ibn
Huçayne qui est tombé tellement malade que ses amis et ses visiteurs
pleuraient par pitié à chaque fois qu’ils lui rendaient visite. Cependant, en
les voyant pleurer, il disait : ‘Ce qu’Allah aime, je l’aime moi aussi’. Il y a
également l’exemple d’une femme à qui on devait couper la main. Une fois sa main
coupée, elle se mit à rire et les gens lui demandèrent : Ne ressens-tu pas de
douleur ? Elle répondit : ‘La beauté de la récompense m’a fait oublier
l’amertume de la douleur’.
Notre cinquième exemple est celui de Omm Solaïme qui vécut à l’époque du
Prophète avec son mari et leur seul fils Talha qu’ils aimaient beaucoup.
Un soir, tandis que le mari était au travail, le fils mourut. Cependant, Omm
Solaïme décida de ne pas annoncer la nouvelle à son mari de peur qu’il passe
toute la nuit attristé jusqu’à ce qu’il puisse enterrer son fils au matin : elle
choisit de supporter seule l’amertume de la disparition de son fils. Quand le
mari d’Omm Solaïme revint, il lui demanda : ‘comment va notre fils ?’
Elle répondit ‘ Il est en repos’. Le père de Talha loua donc Allah et
passa joyeusement la nuit avec sa femme. Le matin, elle lui demanda : ‘Si nos
voisins nous confiaient un dépôt, devrons nous le rendre ?’. Son mari répondit
positivement. Elle reprit : ‘ même si ce dépôt est resté longtemps chez nous ?’.
Il répondit : ‘si il est resté pour longtemps, c’est qu’il est plus urgent de le
rendre maintenant’. Et c’est à ce moment qu’Omm Solaïme dit : ‘ accepte
donc la mort de ton fils : le dépositaire a voulu reprendre son dépôt’. Quelle
patience ! Nos sœurs maintenant pourraient-elles avoir la moitié de cette
patience ?
Ayant donc évoqué quelques exemples de personnes de grande patience il est
nécessaire de souligner que pour être patient, il faut remplir quelques
conditions.
-
D’abord, il faut que cette patience soit au moment même de la crise ni avant
ni après. Un jour en passant auprès d’un cimetière, le Prophète vit une
femme en train de crier et de pleurer devant un tombeau. Il lui dit : ‘Ô
adoratrice d’Allah, crains-Le et patiente’. Elle lui dit : ‘ éloigne-toi et
laisse-moi faire ce que je veux’. Il lui dit : ‘Ô adoratrice d’Allah,
crains-Le et patiente’. Elle lui dit : ‘éloigne-toi et laisse-moi faire ce
que je veux’. Quand les compagnons du Prophète vinrent ensuite expliquer à
la femme que la personne qui lui parlait était le Prophète elle se dirigea
vers lui pour demander son pardon parce qu’elle ne savait pas qu’il était le
Prophète. Il lui dit : ‘la patience doit être au moment même de la crise’.
-
La seconde condition est le fait de devoir dire lors de cette crise : « Nous
appartenons à Allah et à Lui nous retournons. Ô Allah, rétribue-moi pour mon
malheur et compense-moi avec un meilleur bien ». Quand, Omm Salama
perdit son mari dans la bataille de Badr, le Prophète lui dit de dire cette
invocation. Bien sûr, Omm Salama ne voyait pas qui pourrait être
mieux que son mari, le compagnon du Prophète et le martyr de la bataille de
Badr mais elle dit quand même cette invocation. Et évidemment, comme vous le
savez, c’est ensuite le Prophète Mohammad qui l’a épousée.
-
La troisième condition est de ne pas se plaindre ou de se montrer
insatisfait de ce qui se passe. Vous pouvez bien sûr annoncer vos nouvelles
à vos amis ou à quelqu’un en qui vous avez confiance mais tout de dépend de
votre intention : raconter pour vous plaindre ou raconter pour informer. Ce
qui est certain c’est que le fait de se plaindre du mari ou de la femme
devient de plus en plus fréquent. Or, l’islam nous propose une solution à
cette situation. Dans un hadith, le Prophète (BP sur lui) dit : ‘ Le
croyant ne devrait pas haïr une croyante, si un jour il découvre en elle une
vertu qu’il abhorre, il admirera en elle une autre qu’il aime’. Un
verset coranique aussi vient soutenir ce sens : « …Or, il se peut que
vous ayez de l’aversion pour une chose alors qu’elle vous est un bien. Et il
se peut que vous aimiez une chose alors qu’elle vous est mauvaise. C’est
Allah qui sait, alors que vous ne savez pas » (TSC, Al-Baqara ‘La
Vache’ : 216). Si jamais tu rencontres une difficulté dans ta vie avec
ton épouse, essaye de la surmonter et d’aider ta femme à se débarrasser de
ses défauts.
Enfin, j’aimerais vous rappeler qu’il faut non seulement prendre garde et
patienter en cas de crises ou de catastrophes mais aussi en situation de joie et
de bonheur. L’un des compagnon du Prophète disait : ‘Quand nous avions été
éprouvés par les catastrophes, nous avons patienté mais quand nous fûmes
éprouvés par les moments de bonheur nous n’avons pas pu patienter’. C’est
évidemment ce qui arrive à beaucoup d’entre nous. Nous pouvons par exemple être
très disciplinés mais une fois que l’argent apparaît dans notre vie, notre
comportement et attitude changent complètement. Et c’est pour cette raison que
l’on considère que la tentation aux moments du bonheur est plus difficile que
celle des moments difficiles parce que la première est une tentation cachée et
implicite alors que la deuxième est explicite et claire.
II] La patience devant les péchés :
Ce genre de patience est très difficile surtout pour les jeunes chez qui les
relations sexuelles sont de grand intérêt. A ces jeunes, j’aimerais raconter
l’histoire du prophète Joseph qui pu résister face à la tentation de la femme de
son maître. A cette époque, non seulement Joseph était beau, mais il possédait
la moitié de la beauté de l’univers et des créatures. Il avait un beau corps, il
était célibataire et était un esclave[iii].
Il était aussi un étranger en Egypte et normalement un étranger profite de
l’occasion d’être loin des gens qu’il connaît pour faire tout ce qu’il a envie
de faire. La femme de son maître, elle, était très belle, avait un grand
prestige en tant que femme de ministre et c’est elle qui l’invitait. « Or,
celle [Zulikha] qui l’avait reçu dans sa maison essaya de le séduire. Et elle
ferma bien les portes et dit : ‘Viens, (je suis prête pour toi !)’… » (TSC,
Yoûsouf ‘Joseph’ : 23). Quand il refusa de lui obéir alors que personne ne
les voyait, elle le menaça de le mettre en prison. Et ce n’est pas tout. La
femme du ministre n’était pas la seule à tenter de le séduire et d’autres femmes
de la ville ont fait de même. En revanche, Joseph disait –ce qui peut être
traduit comme : « …qu’Allah me protège !… » (TSC, Yoûsouf
‘Joseph’ : 23).
Cette histoire ne laisse aucune excuse aux jeunes qui tombent dans des péchés de
ce genre. Parfois, les jeunes me disent ‘tu n’as pas vu ce qu’on voit dans
l’université ou sur les chaînes de télé ou dans les sites permissifs’ et je leur
dis ‘vous n’aviez pas vu la femme du ministre qui dit –ce qui peut être
traduit comme : « … J’ai essayé de le séduire mais il s’en défendit
fermement… » (TSC, Yoûsouf ‘Joseph’ : 32). Parfois on me dit
aussi ‘notre environnement ne nous aide pas’. Mais c’est insensé ; regardez
l’environnement dans lequel vivait le prophète Joseph. Personnellement, je ne
trouve aucune excuse à ceux qui continuent à avoir des petits ou des petites
amies après avoir entendu cette histoire. A ces gens je dis « On a
enjolivé aux gens l’amour des choses qu’ils désirent : femmes, enfants, trésors
thésaurisés d’or et d’argent, chevaux, bétail et champs ; tout cela est l’objet
de jouissance pour la vie présente, alors que c’est près d’Allah qu’il y a bon
retour » (TSC, ‘Âl-‘Imrân ‘La Famille D’Imran : 14). Vous n’avez
qu’à patienter pour enfin obtenir cette récompense. Avec toutes ces promesses de
paradis et de bienfaits éternels, quelqu’un hésitera encore avant de cesser de
fumer ? Personnellement, je connais un homme d’affaires très connu qui ne
pouvait pas se séparer de sa cigarette pendant 40 ans. Un jour, il entendit ce
verset et se mit à réfléchir et à méditer et décida enfin de cesser de fumer. Il
prit cette décision et cessa de fumer dans une période de deux semaines.
Imaginez-vous ! La patience face aux péchés peut te pousser à faire des
miracles. Ce qu’il vous faut c’est un peu de confiance, d’invocation d’Allah
pour qu’Il vous aide et vous éloigner des gens qui vous incitent à commettre des
péchés. J’appelle à cette occasion les femmes aussi à cesser d’inciter leur mari
à leur acheter des tas de choses qui leur plaisent afin de se sentir comme les
autres. Cette pression sur l’époux peut le conduire à adopter un comportement
illicite afin de procurer à sa femme ce qu’elle désire. Je rappelle à ces femmes
le verset coranique –ce qui peut être traduit comme : « Et ne tends
point tes yeux vers ce dont Nous avons donné jouissance temporaire à certains
groupes d’entre eux, comme décor de la vie présente, afin de les éprouver par
cela. Ce qu’Allah fournit (au paradis) est meilleur et plus durable » (TSC,
Tâ-Hâ : 131).
Enfin, j’aimerai que face aux péchés, chacun de vous prenne comme slogan ‘la
patience de Joseph’ et qu’il se souvienne toujours du verset coranique disant –ce
qui peut être traduit comme : « Il dit : ‘Ô mon Seigneur, la prison
m’est préférable à ce à quoi elles m’invitent ...» (TSC, Yoûsouf
‘Joseph’ : 33). Je conclus par ce qu’on dit souvent : ‘Personne de peiné,
d’attristé ou de soucieux d’un désir quelconque, ne lira la sourate de Joseph
sans que celle-ci ne le contente ou ne le débarrasse de ce dont il se
plaignait’.
III] La patience à l’obéissance :
A ce propos, je n’ai qu’à vous rappeler l’histoire de l’obéissance d’Abraham à
l’ordre divin même si cet ordre était dur et de l’obéissance de son fils qui dit
–ce qui peut être traduit comme : « …Ô mon cher père, fais ce qui
t’es commandé… » (TSC, As-Sâffât ‘Les rangés’ : 102). Même si
ensuite, le couteau n’a pas fonctionné, Abraham était entièrement prêt à
appliquer l’ordre. Regardez aussi comment le fils n’a montré aucun genre
d’hésitation ou de protestation ; il dit –ce qui peut être traduit comme :
« …tu me trouveras, s’il plaît à Allah, du nombre des endurants » (TSC, As-Sâffât
‘Les rangés’ : 102). Et il vous parait difficile de vous réveiller pour
faire la prière nocturne ?!
Connaissez-vous le hadith évoquant"Sept personnes (catégories) seront
ombragées par Dieu le jour où il n'y aura d'ombre que la Sienne : un chef
équitable, un jeune homme ayant grandi dans l'adoration d'Allah, un homme dont
le coeur reste attaché aux mosquées, deux personnes qui se sont aimées en Dieu
qui était la seule raison de leur union ou de leur désunion, un homme invité à
l'adultère par une femme ayant un haut rang et beauté et qui dit "je crains
Dieu", un homme qui fit une aumône au point que sa main gauche ignora ce que
dépensa sa main droite, enfin un homme sans témoins qui à la seule pensée de
Dieu vit ses yeux déborder de larmes".
En fait, ces sept catégories ont en commun le fait d’avoir patienté, j’en cite :
-
Le premier est un imâm (Chef) juste (qui pouvait abuser de son pouvoir mais
qui a résisté face à cette tentation),
-
Le second est un jeune homme qui a grandi dans l’adoration d’Allah (qui
pouvait pécher mais qui a persisté à obéir),
-
Le troisième est un homme qui a fait sortir une sadaqa (l’aumône
non-obligatoire) sans que sa main gauche n’ait su ce qu’a sorti sa main
droite (le fait de donner l’aumône en public pour que les gens témoignent de
votre générosité est en soi une tentation à laquelle cet homme a pu
résister),
-
La quatrième catégorie est réservée aux gens qui s’aiment pour l’amour de
Dieu (qui se sont donc supportées pour l’amour de Dieu.
-
La cinquième est une personne qui, en se rappelant d’Allah loin des gens, a
vu se yeux s’inonder de larmes (le fait de pleurer en public avec
l’intention de faire voir aux gens que tu est religieux est une tentation à
laquelle il faut résister).
Parmi les exemples de patience aussi il y a celui qui est cité dans le verset
–ce qui peut être traduit comme : « Fais preuve de patience [en restant]
avec ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir, désirant Sa Face. Et que
tes yeux ne se détachent point d’eux, en cherchant (le faux) brillant de la vie
sur terre… » (TSC, Al-kahf ‘La Caverne’ : 28). Il y a également
le fait de conseiller et de persister à conseiller à ta familles de faire de
bonnes œuvres comme le faisait Omar Ibn Al-khattâb qui faisait sa prière
nocturne puis réveillait sa famille avant la prière du Fajr en répétant :
« Et commande à ta famille la Salât, et fais-la avec persévérance »
(TSC, Tâ-Hâ : 132).
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