Episode : 13



Invitation Ă la Coexistence

Episode : 13

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La coexistence Ă travers l'Imam Ach-ChafĂź'i

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Au nom d’Allah le Tout MisĂ©ricordieux, le TrĂšs MisĂ©ricordieux; Louange Ă Allah Seigneur de l'Univers, et que la BĂ©nĂ©diction et le Salut d’Allah soient accordĂ©s Ă notre maĂźtre, le Messager d’Allah.

L'art de la coexistence est une mĂ©thode de raisonnement qui rĂ©side dans notre aptitude Ă crĂ©er un espace commun avec autrui, espace de dialogue, d'entente et de respect, dans le dessein de surmonter les problĂšmes vĂ©cus et les malheurs endurĂ©s dans nos pays respectifs. L’Islam est un message universel qui s’adresse Ă l’ensemble de l’humanité ; au fond, avant d’admettre les idĂ©es de "l’Autre" qui sont le plus souvent diffĂ©rentes des nĂŽtres, il s’agit bien de souffrir son existence ; au lieu de chercher Ă le faire disparaĂźtre, il faut savoir exploiter le diffĂ©rend existant chez lui et l’investir de façon Ă rĂ©pandre la richesse et la prospĂ©ritĂ© sur terre.

Or, ce qui se dĂ©roule au Liban, en Iraq ou au Darfour n'est qu'un Ă©chec de la coexistence, loin de la vĂ©ritable substance de cette religion ï€šĂ” hommes! Nous vous avons créés d’un mĂąle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez (Al-HoujourĂąt: 13).

Avant de passer en vue les Ă©vĂšnements qui ont marquĂ© la vie de l’Imam Ach-ChafĂź'i, et d’entrer dans les dĂ©tails de sa vie qui lui ont valu le titre de l’Imam EncyclopĂ©die ou encore de l’Imam de la coexistence, il nous faut prendre connaissance de 10 points ou fondements qui pourraient former une base Ă l’art de la coexistence, points repĂ©rĂ©s dans les livres de quelques savants europĂ©ens et dont l'impact se retrouve dans toutes les Ă©tapes de la vie de l'Imam Ach-Chafi'i, comme d'ailleurs dans la vie des trois autres Imams de jurisprudence islamique.

Il nous faut signaler à ce niveau-là , que le monde occidental a une idée préconçue que les Musulmans ont un caractÚre réservé, réticent et violent, qui vient de la rigidité des références du Fiqh islamique. Mais les occidentaux ne se sont malheureusement pas donnés la peine de puiser dans la vie des grands Imams, ni dans celle des savants ou jurisconsultes musulmans. Les dix fondements mentionnés ci-dessous et qui mÚnent à la coexistence, peuvent servir de point de départ à toutes les catégories sociales et à la jeunesse en particulier, afin de réduire les points de divergence qui les séparent de leur entourage :

1-     Il s’agit en premier lieu, de s’acharner Ă faire fonctionner son cerveau afin de dĂ©couvrir un espace commun avec autrui ; il faut chercher Ă cet effet, les principaux points qui constituent le centre d’intĂ©rĂȘt de l’autre, pour pouvoir entrer en contact avec lui.

2-     Pour ce faire, il faut s’efforcer d’acquĂ©rir le savoir ou la science nĂ©cessaire ; les Musulmans en Europe, Ă titre d’exemple, sont censĂ©s apprendre la langue du pays dans lequel ils se trouvent dans l’objectif de coexister avec les autochtones pour les amener Ă mieux connaĂźtre l’Islam et Ă le respecter.

3-     Faire corps avec la société pour pouvoir y vivre ; éviter à tout prix, le fait de vivre en marge de la société, ou de se distinguer dans sa façon de parler, et dans son comportement, mais cela ne doit absolument pas se faire au détriment de ses croyances, ni de ses principes.

4-     S’abstenir de rĂ©futer de façon intransigeante, toute idĂ©e qui semblerait vous dĂ©plaire ; vous pourrez Ă la rigueur, en tirer profit et y recourir au moment propice, aprĂšs y avoir apportĂ© quelques modifications. Mais de lĂ Ă la refuser totalement, ce serait du fanatisme.

5-     Se garder d’opprimer les gens qui ne partagent pas votre opinion pour ne pas vous attirer leur hostilitĂ©.

6-     Pour rassembler les gens, il faut adopter la sincĂ©ritĂ© de l’intention et l’honnĂȘtetĂ© dans la recherche du vrai. Car il y a des gens qui ne visent qu'Ă faire pencher le plateau du cĂŽtĂ© de leur passion : « quels que soient les arguments que vous avanceriez, c’est moi qui ai raison. »

7-     Respecter son entourage, se garder de blesser autrui, de l’insulter ou de l’humilier, mĂȘme si vous ĂȘtes dans le vrai.

8-     Faire preuve de souplesse et se garder de se montrer inflexible ou obstiné.

9-     Savoir rester humain avec autrui en dépit de la divergence des opinions.

10- Cependant, la coexistence ne signifie pas la fusion et ne doit pas entraßner l'abandon de son identité.

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Le statu quo de l’époque de l’Imam Ach-ChafĂź'i :

L’Imam Ach-ChafĂź'i a vĂ©cu Ă une pĂ©riode critique, l’Etat des Abbassides, quoique vaste, prospĂšre et vivant son Ăąge d’or, connaissait un grave conflit intellectuel, provoquĂ© par l’afflux Ă l’Islam de gens de diffĂ©rentes nationalitĂ©s, ayant diffĂ©rents objectifs, parfois suspects; conflit qui menaçait de tourner en catastrophe au sein de cet Etat gĂ©ant. Â

La nouvelle génération de la jeunesse, éloignée de la religion, ne cherchait que le divertissement et était en conflit perpétuel avec la génération des parents.

En outre, les UlĂ©mas rĂ©prouvaient le dĂ©veloppement de la poĂ©sie satirique et rĂ©clamaient une poĂ©sie raffinĂ©e et religieuse, mais les poĂštes de leur cĂŽtĂ©, prenaient la dĂ©fense de la voie dans laquelle ils s’étaient engagĂ©s.Â

De mĂȘme, ces UlĂ©mas critiquaient l’apparition de nouvelles sciences, telles la physiognomonie, et la gĂ©nĂ©alogie.

L’apparition des deux Ă©coles de jurisprudence ayant des opinions divergentes, l’une en Iraq, et l’autre au Hidjaz, vint aggraver la situation.

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La biographie de l’Imam Ach-Chafü'i :

L’Imam Ach-ChafĂź'i va rassembler les gens en transformant ce conflit intellectuel en une richesse intellectuelle. La biographie de cet Imam pourrait servir d’exemple aux jeunes de notre temps qui jugent difficiles les conditions dans lesquelles ils vivent, et irrĂ©alisable toute tentative de rĂ©ussite.

En dĂ©pit de sa pauvretĂ©, l’Imam Ach-ChafĂź'i a atteint le sommet de la cĂ©lĂ©britĂ© dans un laps de temps assez bref, car il est mort Ă l’ñge de 54 ans ; il a mĂȘme mĂ©ritĂ© le titre de rĂ©novateur du second siĂšcle de l’HĂ©gire, lui qui est parti de zĂ©ro.

Il s’appelle Mohammad Ibn Idris, Ibn Chafi’, Ibn Sa’ëb Al-Qourachyte, il a donc un lien de parentĂ© avec le Messager d’Allah, BĂ©nĂ©diction et Paix sur lui. Il est nĂ© Ă Ghazza (en Palestine) bien qu'il soit originaire de la Mecque ; car son pĂšre, vivant dans le besoin, avait pensĂ© que les choses iraient mieux pour lui. A l'Ăąge de deux ans, il s'Ă©tait trouvĂ© orphelin, seul avec sa mĂšre dans cette ville Ă©trangĂšre.

Sa mÚre, jeune veuve vertueuse, sage, pondérée et intelligente assista son fils et l'aida à surmonter les barriÚres qui se dressaient sur son chemin. Elle avait décidé avec sa fine perspicacité, de charger son fils d'une noble mission, celle de rassembler la Ummah qui vivait alors un conflit. Elle avait pensé que la solution serait dans la science; ainsi, elle avait décidé de retourner à la Mecque, le centre des sciences, avec son enfant qui avait alors 3 ans. C'était le premier déplacement dans la vie de Ach-Chafi'i.

Elle commença par l'envoyer au Kottab pour apprendre le Coran. Mais l'instituteur a refusĂ© de l'admettre parce qu'il n'avait pas de quoi payer les leçons comme les autres enfants de son Ăąge. La mĂšre a eu recours Ă la ruse et a conseillĂ© Ă son fils de prendre place Ă cĂŽtĂ© de l'enfant riche et d'Ă©couter l'explication, sans toutefois, provoquer de gĂȘne Ă l'instituteur. Ach-ChafĂź'i a racontĂ© plus tard, qu’il a appris Ă cette Ă©tape, l'humiliation pour la science et la biensĂ©ance Ă l'Ă©gard de l'instituteur. Peu de temps aprĂšs, ayant dĂ©couvert son gĂ©nie, l'instituteur lui a demandĂ© de prendre sa place pendant son absence ; il n'avait alors que 5 ans.

Entre 3 et 7 ans il a appris le Coran par coeur avec la psalmodie.

A l'ùge de 8 ans, sa mÚre l'avait envoyé auprÚs de deux Ulémas, le premier, Soufyan Ibn Ouyayna pour lui apprendre le Hadith; et le second, Muslem Ibn Khaled, qui était à ce moment-là , l'Imam de la Mecque, pour lui apprendre l'exégÚse. Au bout de cinq ans, Ach-Chafß'i avait brillamment assimilé les deux sciences.

Là aussi, sa mÚre était intervenue pour lui résoudre le problÚme du papier dont il avait besoin pour écrire ; en effet, il se servait du revers du papier qu'elle lui apportait du registre du Wali (du gouverneur) de la Mecque ; en plus des os des chameaux égorgés qu'elle faisait sécher. Aux moqueries des enfants de son ùge, il répondait : «Riez comme bon vous semble, je n'ai pas honte d'écrire sur des os».

A l'Ăąge de 13 ans, sa mĂšre l'avait envoyĂ© auprĂšs de la tribu de Hazil dans le dĂ©sert pour qu’il apprenne la langue arabe Ă la meilleure des sources. En effet, le cĂ©lĂšbre Imam d'Egypte avait dit : «Une des raisons de la discorde intĂ©rieure de la Ummah musulmane rĂ©side dans son interprĂ©tation disparate de la langue arabe. Celui qui pense exceller dans l'exĂ©gĂšse, le Hadith, et la langue arabe saura rassembler cette Ummah par la GrĂące d'Allah ; et il avait ajoutĂ© : cette langue se trouve exclusivement chez la tribu de Hazil, dans le dĂ©sert ». Dans cette tribu, Ach-ChafĂź'i apprit la poĂ©sie, l'Ă©quitation et le tir, en plus de la gĂ©nĂ©alogie, et de 10.000 vers.

De retour à la Mecque, son professeur d'exégÚse, Mouslem Ibn Khaled, lui avait dit : «Il est grand temps que vous preniez place dans l'enceinte sacrée du Haram de la Mecque pour donner des Fatawas et résoudre les différends ».

Il n'avait que 19 ans. Mais sa mÚre avait refusé et lui avait conseillé que pour pouvoir maßtriser les assauts d'esprit et rassembler les gens, il lui fallait assimiler la science des deux grands Imams : Malik à Médine et Abou Hanifah en Iraq.

En vue de chercher un espace commun avec l'Imam Malik, ce grand Imam de 70 ans, qui recevait dans son cercle les rois et les gouverneurs de son époque et en vue de l'amener à l'accepter comme disciple, ce jeune homme de 20 ans avait décidé d'apprendre par coeur "Al-Mouatta", le livre composé par l'Imam Malik. Il le mémorisa rapidement, entre 9 et 13 jours, parce qu'il l'avait emprunté contre quelques dirhams par jour, faute d'argent pour se l'approprier. Pour couvrir les frais de leur voyage à destination de Médine, sa mÚre avait hypothéqué leur maison à la Mecque.

Arrivé à Médine, l'Imam Malik lui avait posé plusieurs questions :

-              «Comment appréciez-vous la science ?

-              «Lorsque j'entends parler d'une nouvelle science, je souhaite que tous mes organes deviennent des oreilles pour profiter du plaisir que trouvent mes oreilles.

-              « Comment faites-vous pour préserver cette science ?

-              « Je m'en soucie à l'instar de la mÚre qui ne se lasse point d'aller à la recherche de son enfant perdu jusqu'à le retrouver.»

Ensuite l'Imam Malik lui avait demandé de lui réciter plusieurs passages du Mouatta', ce qu'il fit ; l'Imam lui avait alors fait remarquer :

-              «Je discerne dans vos yeux une lueur dont Allah vous a comblé, tùchez de ne pas la faire dissiper par le péché. Et que je vous voie demain au premier rang dans mon cercle. »

L'Imam Ach-Chafi'i passa 9 ans en compagnie de l'Imam Malik durant lesquels il assimila toute sa science.

Entre-temps, et sur la demande de Ach-Chafi'i, l'Imam Malik (qui avait l'esprit ouvert) lui avait donnĂ© son autorisation de partir en Iraq pour prendre une idĂ©e de la science de l'Imam Abou Hanifah, il lui avait mĂȘme donnĂ© de quoi pourvoir Ă ce voyage. A son retour, l’Imam Malik lui avait dit : «A prĂ©sent vous ĂȘtes digne de prendre ma place.» Mais, Ach-Chafi'i s'excusa, justifiant son refus par la science de l'Imam Abou Hanifah qu'il devait acquĂ©rir.

A la mort de 'Imam Malik, et pour affronter tous les défis, Ach-Chafi'i s'était trouvé obligé de se rendre au Yémen pour y travailler et économiser les dépenses de son séjour en Iraq. Au Yémen, il apprit la science des Chi'ïtes de Ja'far Assadeq, en plus de la physiognomonie.

Quelles sont les sciences qu'il a acquises jusqu'à présent ? Le Coran, la Psalmodie, le Hadith, l'équitation, le tir, la généalogie, 10.000 vers, la science de l'Imam Malik. Il ne lui reste que la science de l'Imam Abou Hanifah.

 «Quelle est votre intention, Î Imam par tous ces déplacements que vous effectuez, malgré la pénurie dans laquelle vous vous trouvez ? » «Je voudrais rassembler les gens par la science. »

Qui de nos jours songerait Ă agir de la sorte ? Qui songerait Ă Ă©pargner le sang des Iraquiens ? Qui songerait Ă rallier les diffĂ©rents partis au Liban ? Qui songerait Ă rassembler les habitants d'un mĂȘme immeuble ? Qui songerait Ă crĂ©er un espace commun avec l'Autre ?

Ô vous les Occidentaux, y a-t-il dans votre Histoire des personnages pareils Ă l'Imam Ach-Chafi'i dans sa mĂ©thode de raisonnement qui ne vise qu'Ă la coexistence ? Et Ă sa mĂšre dans sa fine clairvoyance ?

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